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La Chronique Du Bantu

Chronique : un an après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun toujours en attente

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux. » (Ecclésiaste 3:1) Au Cameroun, un an après la présidentielle, beaucoup se demandent quand viendra enfin le temps des réponses.

Le 12 octobre 2025, les Camerounais votaient pour choisir leur président. Un an plus tard, jour pour jour, le pays vit toujours dans l’ombre de ce scrutin : Paul Biya, 93 ans aujourd’hui, a entamé son huitième mandat, Issa Tchiroma Bakary continue depuis l’exil de revendiquer la victoire, et plusieurs promesses faites au lendemain de l’élection attendent encore leur traduction. Retour sur une année où la politique camerounaise semble s’être arrêtée.

Un scrutin plus serré qu’à l’accoutumée

Proclamé vainqueur le 27 octobre 2025 par le Conseil constitutionnel avec 53,66 % des voix, contre 35,19 % à Issa Tchiroma Bakary, Paul Biya a prêté serment le 6 novembre suivant. Ce score tranche avec les résultats supérieurs à 70 % qu’il avait obtenus lors des scrutins des deux décennies précédentes, rappelle une tribune publiée mardi par 237actu.

La campagne s’était déroulée sans Maurice Kamto, principal opposant, écarté pour « pluralité d’investiture ». Dix recours dénonçant bourrages d’urnes et intimidations ont été rejetés par le Conseil constitutionnel faute de preuves suffisantes, sans possibilité d’appel. Selon la même source, aucune confrontation publique des procès-verbaux des bureaux de vote n’a eu lieu depuis.

Une crise post-électorale aux plaies ouvertes

L’après-scrutin a été violent. Des manifestations ont éclaté à Douala, Garoua ou Dschang, où le siège local du RDPC et un tribunal ont été incendiés. Les Nations unies ont confirmé au moins 48 morts ; l’opposition avance le chiffre de 55. Le gouvernement a reconnu plusieurs centaines d’interpellations, et l’accès à Internet a été fortement perturbé à partir du 23 octobre.

Un nom symbolise ces semaines sombres : Anicet Ekane, président du Manidem, arrêté à Douala le 24 octobre et décédé en détention le 1er décembre 2025. Les autorités avaient évoqué une prise en charge appropriée et annoncé une enquête, dont les conclusions n’ont, à ce jour, pas été rendues publiques.

Tchiroma, la contestation depuis l’exil

Pour le premier anniversaire du vote, Issa Tchiroma Bakary, président du FSNC et ancien ministre de Paul Biya, a réaffirmé sur les réseaux sociaux qu’il se considère comme le président élu, rapporte Lebledparle. Il a rendu hommage aux victimes de la crise, dénoncé la réponse des forces de sécurité, réclamé la libération des personnes toujours détenues et salué la marche organisée par la diaspora à Paris le 10 octobre, qui exigeait le respect du vote et rejetait toute succession dynastique.

Reste une question que ses partisans eux-mêmes se posent : comment transformer une revendication morale en levier politique, alors que les voies de recours institutionnelles sont épuisées et que son chef se trouve hors du pays ? La perspective des législatives et municipales, dont le calendrier fait encore débat, sera le prochain test.

L’État en mode pause

Le 31 décembre 2025, le chef de l’État annonçait la formation imminente d’un nouveau gouvernement. Dix mois et demi plus tard, l’équipe en place n’a pas changé, aucun vice-président n’a été nommé, et le dernier Conseil des ministres remonte à 2015, souligne 237actu. Le contraste est saisissant avec le Gabon voisin, où Brice Clotaire Oligui Nguema vient de procéder, le 11 octobre, à son troisième remaniement en trois ans.

Les dossiers, eux, n’attendent pas : la circulaire budgétaire 2027, signée la veille de cet anniversaire, révise la croissance à la baisse et gèle de nouveaux projets ; la crise anglophone entre dans sa onzième année ; et le débat sur la continuité de l’État s’est installé dans l’espace public.

Ce que cet anniversaire nous dit

Un an après, le scrutin du 12 octobre 2025 n’a pas refermé une séquence politique : il en a ouvert une autre, faite d’attente et de non-dits. Les Camerounais attendent des réponses sur les victimes de la crise post-électorale, sur les détenus, sur l’enquête Ekane, sur l’équipe qui gouvernera réellement le pays. Tant que ces questions resteront sans réponse, chaque date anniversaire ravivera la même interrogation : qui décide, et pour combien de temps encore ?

Sources : 237actu (tribune) ; Lebledparle ; Lebledparle (revue de presse) ; allAfrica ; Cameroun Actuel.


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