COMESA : à Harare, le Zimbabwe prend la tête du bloc de 21 pays, Ruto plaide pour un prélèvement commun et l’argent africain
Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a pris jeudi 22 octobre la présidence du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), à l’issue du 25e sommet des chefs d’État de l’organisation réuni à Harare. Il succède au Kenyan William Ruto, qui a profité de la passation pour appeler les 21 États membres à financer eux-mêmes leurs ambitions, via un prélèvement communautaire et la mobilisation de l’épargne africaine.
Un bloc de 640 millions d’habitants
Le COMESA regroupe 21 pays, de l’Égypte à l’Eswatini en passant par la RDC, l’Éthiopie, le Kenya, Madagascar ou la Zambie, pour environ 640 millions d’habitants et un PIB cumulé estimé à 1 230 milliards de dollars selon la presse zimbabwéenne. La cérémonie de passation s’est tenue dans le nouveau bâtiment du Parlement, à Mount Hampden, en périphérie de Harare, au terme d’une semaine de réunions qui a rassemblé plus d’un millier de délégués attendus. Le Kenya assurait la présidence depuis le sommet de Nairobi d’octobre 2025 ; le Zimbabwe l’exercera pour la période 2026-2027.
Ruto : « financer ce que nous promettons »
Dans son discours de fin de mandat, William Ruto a demandé au secrétariat d’accélérer la mise en œuvre de l’article 168 du traité, qui prévoit un prélèvement communautaire (COMESA Market Levy) destiné à financer les programmes régionaux. Les ministres des Finances et les banques centrales doivent également examiner un projet de stratégie de mobilisation des ressources. Le chef de l’État kenyan a rappelé que l’Afrique détient plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs financiers domestiques, notamment dans les fonds de pension et les assurances, qu’il juge sous-utilisés pour financer le développement. « Nous ne pouvons pas être ambitieux dans nos plans et timides dans notre financement », a-t-il lancé.
Selon les chiffres avancés lors du sommet et rapportés par le quotidien kenyan The Standard, la croissance économique de la zone serait passée de 5,6 % en 2024 à 6,4 % en 2025, tandis que l’inflation moyenne aurait reculé de 31 % à 13,2 %. Les exportations vers le reste du monde auraient progressé de 6 %, à 212 milliards de dollars.
Un commerce intra-régional encore modeste
Le commerce entre membres reste le talon d’Achille du bloc. Les évaluations divergent : The Standard fait état d’une hausse des exportations intra-COMESA à 14,7 milliards de dollars, tandis que d’autres analyses évoquent un recul depuis le pic de 18 milliards atteint en 2023. Dans tous les cas, ces échanges ne représentent qu’une petite fraction des exportations totales de la région, largement tournées vers l’Europe, l’Asie et le Golfe. Les barrières non tarifaires, les lenteurs aux frontières et le manque d’infrastructures continuent de freiner l’intégration.
Le cap de Mnangagwa : transformer sur place
Le nouveau président en exercice a placé son mandat sous le signe de l’industrialisation et de la valeur ajoutée. Emmerson Mnangagwa a promis de travailler avec tous les États membres pour accélérer la transformation locale des ressources naturelles, un thème cher à Harare, qui a interdit l’exportation de lithium brut. Le Zimbabwe plaide aussi pour une baisse des droits de douane, la réduction des barrières non tarifaires, des passages de frontière plus rapides et davantage d’outils numériques pour le commerce.
Ces ambitions s’inscrivent dans le plan stratégique 2026-2030 adopté en avril par le Conseil des ministres. Leur réalisation dépendra précisément de la question posée par William Ruto : la capacité du bloc à financer ce qu’il s’engage à faire. Le communiqué final du sommet, qui doit préciser les décisions adoptées, n’avait pas encore été publié vendredi.
Sources : The Standard, The Rio Times, Capital FM, Nairobi Business Monthly.
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