Djibouti : la crise en mer Rouge fait grimper les coûts portuaires, l’Éthiopie en première ligne
Les ports de Djibouti, porte d’entrée maritime de l’Éthiopie, voient leurs coûts d’exploitation s’envoler sous l’effet des perturbations du trafic en mer Rouge. Lors d’une conférence de presse tenue la semaine dernière à Djibouti et rapportée lundi 12 octobre 2026 par l’hebdomadaire éthiopien Capital, le président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti (DPFZA), Aboubaker Omar Hadi, a reconnu une hausse généralisée des dépenses, qui se répercute sur les prix payés par les consommateurs.
Un trafic de transbordement en légère hausse
Paradoxalement, l’insécurité profite en partie aux terminaux djiboutiens. Selon Aboubaker Omar Hadi, les volumes de transbordement ont légèrement augmenté, certaines compagnies maritimes choisissant de décharger leurs conteneurs à Djibouti avant de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance pour rejoindre l’Europe et l’Atlantique. Le responsable a toutefois qualifié cette hausse d’inattendue et d’indépendante de la volonté du pays, en souhaitant que la perturbation ne dure pas.
Carburant, maintenance, stockage : des coûts en hausse sur toute la ligne
Le patron de la DPFZA a détaillé plusieurs postes de dépenses en augmentation : le carburant, renchéri par les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés de l’énergie, mais aussi l’entretien des engins lourds, des équipements de manutention et des conteneurs. Le coût du séjour des marchandises et des boîtes au port a, lui aussi, progressé. Il a admis que ces surcoûts finissent par se traduire par une hausse du prix des produits importés. Aucun chiffre précis n’a toutefois été communiqué.
Bab el-Mandeb sous pression
Djibouti se trouve à l’entrée sud de la mer Rouge, face au détroit de Bab el-Mandeb, devenu l’un des points les plus sensibles du commerce mondial. Fin septembre, le site éthiopien Mereja, citant notamment l’Africa Center for Strategic Studies et des données de S&P Global, rapportait un net resserrement du contrôle houthi sur ce détroit, après la prise de positions côtières comme Mokha et l’île de Perim. Selon les mêmes sources, les primes d’assurance pour la mer Rouge sont passées de 0,1 % à 0,7-1 % de la valeur des navires, et le contournement par le Cap rallonge les trajets d’environ deux semaines.
L’Éthiopie, client captif et vulnérable
Pour l’Éthiopie, pays enclavé de quelque 120 millions d’habitants, l’enjeu est considérable. L’Africa Center estime que le port de Doraleh, à Djibouti, assure environ 90 % de son commerce. Toute hausse des coûts portuaires et maritimes se répercute donc directement sur les prix à Addis-Abeba, alors que le pays fait déjà face à une forte hausse des prix des carburants depuis le printemps.
Cette dépendance prend une dimension stratégique au moment où les tensions s’aggravent entre l’Éthiopie et l’Érythrée, sur fond de revendication éthiopienne d’un accès à la mer. Un retour à la normale du trafic en mer Rouge réduirait les surcoûts, mais une instabilité prolongée maintiendrait la pression sur l’ensemble des chaînes logistiques de la Corne de l’Afrique.
Sources : Capital (Éthiopie), Mereja, Al Jazeera.
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