La Chronique du Bantu : quand l’armée devient l’ennemie de l’armée

Il y a quelque chose de vertigineux dans l’image d’une garde présidentielle défendant, les armes à la main, un palais assiégé par d’autres soldats de la même nation. C’est pourtant le spectacle qu’a offert Niamey dans la nuit du 28 au 29 août : des militaires nigériens tirant sur d’autres militaires nigériens, au cœur même du dispositif censé garantir la stabilité du pouvoir.
Depuis 2020, le Sahel a vu se succéder les prises de pouvoir par les armes, chacune justifiée au nom de la restauration de l’ordre et de la souveraineté. Mais l’histoire enseigne une leçon simple, trop souvent oubliée par ceux qui arrivent au pouvoir par un coup de force : une armée qui a appris à renverser un régime civil n’a aucune raison particulière de s’interdire, un jour, de se retourner contre ses propres chefs militaires.
Ce n’est pas un hasard si les juntes sahéliennes s’appuient de plus en plus sur des forces supplétives étrangères, à l’image de l’Africa Corps russe venu prêter main-forte à Niamey. Cette dépendance croissante à des acteurs extérieurs pour assurer sa propre sécurité interne dit, en creux, la fragilité réelle de la cohésion au sein des appareils militaires nationaux.
Le vrai défi pour les pouvoirs issus des transitions militaires n’est donc pas seulement de tenir la rue ou de contrôler les frontières : c’est de reconstruire une chaîne de commandement dans laquelle la loyauté ne repose pas uniquement sur la peur ou l’opportunisme, mais sur un projet institutionnel crédible. Sans cela, chaque caserne devient un foyer de tension potentiel, et chaque nuit peut ressembler à celle que vient de vivre Niamey.
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