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La Chronique Du Bantu

Les enfants des sanctuaires de Yaoundé : quand la foi devient un piège

Quatre jours. C’est le temps qu’il aura fallu à Yaoundé pour vivre deux fois le même cauchemar. Le 2 septembre 2026, quinze enfants âgés de 2 à 15 ans sont découverts dans une concession barricadée du quartier Essos, présentée par ses occupants comme une église. Le 6 septembre, à l’aube, la gendarmerie découvre vingt personnes, dont deux enfants, entassées dans un sous-sol en terre battue à Ngousso, lieu de culte clandestin d’une structure autoproclamée. Deux affaires, un même malaise : celui d’une capitale où des enfants peuvent disparaître dans des lieux qui se réclament du sacré, sans que personne ne s’en aperçoive avant qu’un voisin n’alerte.

Le sacré comme paravent

Ce qui frappe dans les deux dossiers, c’est la facilité avec laquelle l’étiquette religieuse a servi de coupe-file à tout contrôle. À Ngousso, le lieu incriminé avait déjà fait l’objet d’une fermeture administrative en 2020 dans une autre commune, pour défaut d’autorisation. Sa réapparition, sous une adresse différente, illustre les limites d’un dispositif de contrôle des cultes qui peine à suivre des structures capables de se redéployer aussi vite qu’elles sont dissoutes. Au Cameroun comme ailleurs sur le continent, l’aura religieuse continue d’inhiber les réflexes de vigilance : on hésite à s’interroger sur ce qui se passe derrière la porte d’une « église », même quand les signaux sont là.

Un terreau social qui ne trompe pas

Ces structures ne prospèrent pas dans le vide. Elles s’installent là où la précarité économique, la déscolarisation, la promesse de miracles et l’affaiblissement des solidarités familiales élargies créent un vide que quelqu’un, quelque part, sait toujours combler. Confier un enfant à une « communauté de prière » censée le protéger, le nourrir ou le guérir, c’est souvent le geste d’un parent démuni plus que celui d’un bourreau. C’est précisément ce qui rend ce phénomène si difficile à endiguer : la frontière entre ferveur populaire, économie de la débrouille et exploitation pure est parfois ténue, et les victimes elles-mêmes peuvent ne pas se percevoir comme telles.

Ce que l’État doit à ces enfants

Le ministère des Affaires sociales a réagi rapidement après l’affaire d’Essos, assurant la prise en charge psychosociale des mineurs concernés. C’est la bonne réponse dans l’urgence. Mais l’urgence ne fait pas une politique. Le cœur du problème reste la capacité de l’administration territoriale à recenser, encadrer et surtout suivre dans la durée les structures religieuses non autorisées, plutôt que de les redécouvrir au hasard d’une dénonciation anonyme ou de l’insistance de riverains excédés. Sans registre fiable ni mécanisme de signalement accessible aux familles et aux communautés, chaque fermeture administrative n’est qu’un répit, jamais une solution.

Essos et Ngousso ne sont pas des accidents isolés. Ce sont deux symptômes du même mal : une société qui cherche des réponses à ses angoisses là où l’État peine à en apporter, et des enfants qui paient, en silence, le prix de cette quête collective de repères.


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