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Logistique

Ports d’Afrique de l’Ouest : la bataille silencieuse pour le hub logistique du Sahel

Sur la façade atlantique, de Dakar à Cotonou, les portiques s’activent jour et nuit dans un ballet ininterrompu de conteneurs. Derrière l’acier, une véritable guerre économique se joue : celle du statut de hub logistique incontournable pour l’Afrique de l’Ouest. L’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de contrôler les flux d’importation et d’exportation vers l’hinterland, ces pays enclavés du Sahel, Mali, Burkina Faso et Niger, qui représentent un marché captif de plusieurs dizaines de millions de consommateurs.

Longtemps, le port d’Abidjan a régné en maître sur cette route commerciale. Mais la compétition s’est considérablement durcie avec l’arrivée d’acteurs ultra-modernes. Pour attirer les mégaporte-conteneurs des plus grands armateurs mondiaux et réduire les coûts de transport, la profondeur des bassins portuaires est devenue le nerf de la guerre. Investissements massifs, avantages fiscaux, nouveaux hubs logistiques : les ports ghanéen et ivoirien parient désormais sur de nouveaux terminaux et sur des corridors commerciaux pour s’imposer comme la porte d’entrée privilégiée vers les marchés sahéliens.

La Côte d’Ivoire, entre complémentarité et concurrence interne

À l’intérieur même du territoire ivoirien, deux locomotives maritimes se distinguent. Si Abidjan demeure le premier port du pays en volume global, San Pedro s’impose comme le leader du vrac grâce à son statut de premier port mondial d’exportation du cacao. Plutôt que de se concurrencer frontalement, les deux infrastructures misent sur leur complémentarité pour accompagner l’essor du commerce national et régional, chacune spécialisée sur ses filières porteuses.

Plus au sud, le Cameroun n’est pas en reste. L’entrée en service d’un nouveau terminal d’une capacité théorique d’un million d’équivalents vingt pieds positionne la cité balnéaire de Kribi parmi les cinq destinations portuaires majeures du continent, renforçant la présence camerounaise sur la carte logistique de l’Afrique centrale.

Le corridor de Lobito, un test pour les grands équilibres

Au-delà de la façade atlantique ouest-africaine, un autre grand chantier retient l’attention des observateurs du secteur : le corridor de Lobito, reliant la République démocratique du Congo, l’Angola et la Zambie. Alors que des signaux venus de Washington laissent planer le doute sur le maintien du soutien américain à ce mégaprojet, les responsables de l’Africa Finance Corporation affirment viser un bouclage financier d’ici la fin de l’année 2026. Ce corridor illustre l’importance stratégique croissante des infrastructures de transport terrestre pour désenclaver les zones minières d’Afrique australe et centrale, à l’heure où la demande mondiale en minerais critiques explose.

Pour les opérateurs logistiques présents sur le continent, ces investissements portuaires et corridors terrestres dessinent un paysage en pleine recomposition. La mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine devrait accentuer cette dynamique dans les années à venir, en réduisant les lourdeurs administratives et douanières qui freinent encore la circulation transfrontalière des marchandises.


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