Ebola en RDC : l’ONU tire la sonnette d’alarme face à une épidémie qui devance la riposte
C’est un constat sans détour qu’a livré le Secrétaire général des Nations unies, jeudi 27 août, face à la presse au siège de l’ONU à New York. António Guterres a décrit une situation particulièrement préoccupante en République démocratique du Congo, où l’épidémie d’Ebola progresserait aujourd’hui plus rapidement que les efforts déployés pour la contenir. Au-delà de la progression du virus elle-même, le chef de l’ONU a surtout dénoncé ce qu’il considère comme une autre menace, tout aussi grave : le manque d’attention internationale face à l’ampleur de la crise.
Ce cri d’alerte intervient alors que la RDC traverse simultanément une séquence politique dense. Le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé, jeudi, un processus de dialogue national d’une durée maximale de trois mois. Celui-ci débutera par des consultations dans les vingt-six provinces du pays, avant des assises finales à Kinshasa, tout en excluant de ce cadre les acteurs qui continueraient à combattre par les armes, en particulier l’AFC/M23 dans l’Est du pays.
Une riposte sanitaire sous tension
La convergence de ces deux crises, sécuritaire et sanitaire, complique considérablement le travail des équipes médicales sur le terrain. Dans les zones de l’Est congolais où l’insécurité reste endémique, l’accès des équipes de vaccination et de traçage des contacts demeure entravé, ce qui alimente précisément le retard dénoncé par M. Guterres. Les organisations humanitaires présentes dans le pays réclament depuis plusieurs semaines un renforcement des financements internationaux, alors que l’attention des bailleurs se trouve mécaniquement redirigée vers d’autres crises mondiales.
Ce sujet s’inscrit dans une dynamique continentale plus large sur la gouvernance sanitaire. Réunis à Addis-Abeba du 24 au 28 août pour la 76e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique, les États membres ont approuvé un cadre pour la transition et la pérennisation de la lutte contre la poliomyélite sur la période 2026-2035. Ce dispositif doit permettre aux pays africains de maintenir une surveillance épidémiologique efficace, de préserver leurs capacités de laboratoire et de riposte aux urgences, tout en renforçant la vaccination de routine sur des financements nationaux plus durables, moins dépendants de l’aide extérieure.
Une leçon pour les systèmes de santé du continent
La situation congolaise illustre une fragilité structurelle que partagent de nombreux systèmes de santé africains : la capacité à mobiliser rapidement des ressources humaines et financières lorsqu’une épidémie s’accélère localement, sans attendre une alerte internationale. Pour les experts en santé publique, l’enjeu dépasse la seule RDC : il s’agit de bâtir des mécanismes de financement d’urgence pré-positionnés, plutôt que de dépendre de la seule bonne volonté diplomatique du moment. L’appel de António Guterres, dans ce contexte, vise autant à mobiliser des moyens immédiats qu’à rappeler aux bailleurs internationaux leurs engagements pris lors des précédentes flambées épidémiques sur le continent.
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