Portrait : Aliko Dangote, du négoce de Kano à la plus grande introduction en Bourse d’Afrique
Rares sont les entrepreneurs africains dont le nom suffit à désigner une industrie entière. Au Nigeria, dire « Dangote », c’est évoquer à la fois le ciment des chantiers, le sucre des cuisines et, depuis 2024, l’essence qui sort de la plus grande raffinerie du continent. À l’heure où cette raffinerie mène la plus importante introduction en Bourse de l’histoire africaine, retour sur le parcours de l’homme le plus riche d’Afrique.
Un commerçant de Kano
Né en 1957 à Kano, dans le nord du Nigeria, au sein d’une famille de négociants, Aliko Dangote fait ses premières armes dans le commerce à la fin des années 1970, grâce à un prêt de son oncle. Il importe et revend des produits de base — ciment, sucre, riz — avant de comprendre que la vraie valeur se trouve non pas dans l’importation, mais dans la production locale de ce que le pays achète à l’étranger.
Cette intuition devient sa marque de fabrique. Dans les années 2000, le Groupe Dangote se lance dans la fabrication de ciment, puis dans le raffinage du sucre et la production d’engrais. Dangote Cement s’impose comme le premier cimentier d’Afrique, avec des usines dans une dizaine de pays du continent, dont le Cameroun.
Le pari de la raffinerie
Le paradoxe nigérian était connu de tous : premier producteur de pétrole d’Afrique, le pays importait l’essentiel de son carburant raffiné. Aliko Dangote décide de s’y attaquer avec le projet le plus ambitieux de sa carrière. Construite en périphérie de Lagos pour un coût d’environ 20 milliards de dollars, sa raffinerie démarre en 2024 avec une capacité de 650 000 à 700 000 barils par jour, supérieure à la demande intérieure du Nigeria.
Les débuts sont difficiles, entre litiges sur l’approvisionnement en brut et tensions avec les importateurs de carburant. L’exercice 2025 se solde par une perte de 476 millions de dollars. Mais le retournement est spectaculaire : au premier semestre 2026, la raffinerie affiche un bénéfice net de 1,82 milliard de dollars pour près de 14 milliards de dollars de chiffre d’affaires, portée notamment par ses exportations de kérosène vers l’Europe.
« L’IPO du peuple »
Le 14 septembre 2026, Aliko Dangote a fait sonner la cloche de la Bourse de Lagos pour lancer l’introduction en Bourse de la raffinerie : 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas l’unité, soit environ 2 150 milliards de nairas (près de 1,6 milliard de dollars), pour un peu plus de 3 % du capital. Le ticket d’entrée est volontairement bas, dix actions minimum, et l’objectif affiché est d’attirer jusqu’à dix millions de petits porteurs à travers l’Afrique.
Prévue pour se clôturer le 13 octobre, l’opération a été prolongée jusqu’au 27 octobre avec l’accord du régulateur nigérian, la société invoquant un fort intérêt des investisseurs africains et la nécessité de laisser le temps de finaliser ouvertures de comptes et vérifications d’identité. Hors du Nigeria, l’accès reste toutefois inégal, l’offre n’étant pas enregistrée comme appel public à l’épargne dans les autres pays : un rappel de la fragmentation des marchés financiers du continent.
Doubler la mise
Les fonds levés doivent contribuer à un plan d’expansion de 14,3 milliards de dollars visant à porter la capacité à 1,4 million de barils par jour d’ici 2029, ce qui ferait du site la plus grande raffinerie du monde. L’introduction en Bourse n’en couvrira qu’une fraction : le reste devra venir des bénéfices, de la dette et de nouveaux partenaires. Même après l’opération, Aliko Dangote conservera plus de 84 % du capital.
Ce que son parcours dit de l’Afrique
Ses détracteurs lui reprochent un poids considérable sur l’économie nigériane et des positions dominantes dans plusieurs secteurs. Ses partisans voient en lui la preuve qu’une industrialisation africaine, financée et dirigée depuis le continent, est possible. Pour la logistique africaine, l’enjeu est concret : alors que l’Afrique importe encore plus de 70 % de ses carburants raffinés, chaque baril transformé à Lagos plutôt qu’en Europe ou en Asie réduit la dépendance aux longues chaînes d’approvisionnement maritimes.
Reste à savoir si le pari de « l’IPO du peuple » réussira à transformer des millions d’Africains en actionnaires de leur propre industrie. Réponse à la clôture, le 27 octobre.
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